Les phrases que nos enfants retiendront toute leur vie
On oublie beaucoup de choses de son enfance. Le contenu d’un contrôle de mathématiques, les cadeaux reçus à un anniversaire ou le menu du mercredi midi finissent souvent par disparaître de notre mémoire. Pourtant, certaines phrases restent.
Quelques mots prononcés par une mère, un père ou un adulte important peuvent traverser les années. Parce qu’ils ont rassuré dans un moment de doute, donné confiance après un échec ou simplement rappelé à l’enfant qu’il était aimé.
Et si, parmi les milliers de phrases que nous prononçons chaque année, certaines accompagnaient réellement nos enfants toute leur vie ?
« Je t’aime, quoi qu’il arrive »
Cela paraît évident. Pourtant, les enfants ont besoin de l’entendre.
Dire « je t’aime » après une réussite est facile. Le dire également après une mauvaise note, une grosse colère ou une erreur transmet un message beaucoup plus profond : mon amour pour toi ne dépend pas de ce que tu réussis.
Un enfant doit pouvoir distinguer son comportement de sa valeur personnelle.
On peut désapprouver ce qu’il vient de faire tout en continuant à l’aimer profondément.
« Je suis fier de toi »
Ces quelques mots peuvent avoir énormément de poids.
Mais la fierté parentale ne devrait pas être réservée aux victoires, aux bonnes notes ou aux médailles.
« Je suis fier de toi parce que tu n’as pas abandonné. »
« Je suis fier de toi parce que tu as reconnu ton erreur. »
« Je suis fier de toi parce que tu as aidé ton copain. »
En valorisant aussi l’effort, le courage et la gentillesse, nous montrons à l’enfant que sa valeur ne se résume pas à ses performances.
« Tu as le droit de te tromper »
Faire tomber un verre, rater un exercice, perdre un match, prendre une mauvaise décision…
L’enfance est remplie d’erreurs. Heureusement : c’est précisément ainsi que l’on apprend.
Un enfant qui pense devoir toujours réussir peut progressivement développer une peur de l’échec et hésiter à essayer de nouvelles choses.
Lui rappeler qu’il a le droit de se tromper ne signifie pas supprimer les conséquences de ses actes. Cela signifie lui apprendre qu’une erreur peut être comprise, réparée et dépassée.
« Je crois en toi »
Avant une compétition, un examen, une première journée dans une nouvelle école ou simplement face à quelque chose qui lui fait peur, quatre mots peuvent faire une énorme différence :
« Je crois en toi. »
Cette confiance parentale devient progressivement une petite voix intérieure.
Avec les années, lorsque les parents ne seront plus juste à côté pour encourager, l’enfant pourra peut-être se rappeler : « Ils pensaient que j’étais capable de le faire. »
Et finir par penser lui-même : « Je peux essayer. »
« Tu peux toujours venir me parler »
Cette phrase devient particulièrement importante lorsque les enfants grandissent.
Car il est relativement facile de parler à ses parents lorsque tout va bien. C’est beaucoup plus difficile lorsqu’on a fait une bêtise, que l’on a honte ou que l’on traverse une situation inquiétante.
Dire régulièrement à son enfant qu’il peut venir parler, même lorsqu’il pense avoir fait quelque chose de grave, permet de construire un climat de confiance.
Cela ne signifie pas qu’il n’y aura jamais de règles ou de conséquences. Mais l’enfant doit savoir qu’il trouvera d’abord un adulte capable de l’écouter.
« Je suis désolé »
Les parents demandent régulièrement aux enfants de s’excuser. Pourtant, les adultes aussi se trompent.
Nous pouvons crier trop fort, être injustes, mal comprendre une situation ou prononcer une phrase que nous regrettons.
Dire :
« Je suis désolé, je n’aurais pas dû te parler comme ça »
n’affaiblit pas l’autorité parentale.
Au contraire, cela apprend à l’enfant quelque chose d’essentiel : reconnaître ses erreurs est une force.
« Je t’écoute »
Parfois, un enfant ne cherche pas une solution.
Il veut simplement raconter cette histoire interminable qui s’est passée dans la cour de récréation, expliquer pourquoi son meilleur ami l’a énervé ou nous présenter pour la dixième fois les règles d’un jeu que nous ne comprenons toujours pas.
Ces petites conversations construisent les grandes.
Un enfant qui apprend que ses parents l’écoutent lorsqu’il parle de ses petits problèmes aura peut-être davantage envie de se tourner vers eux lorsque les problèmes deviendront plus importants.
« Tu as le droit d’être triste »
Nous aimerions naturellement faire disparaître les émotions négatives de nos enfants.
Alors nous disons parfois :
« Ne pleure pas. »
« Ce n’est pas grave. »
« Allez, ça va passer. »
Pourtant, la tristesse, la colère, la peur ou la déception font partie de la vie.
Dire à son enfant :
« Je comprends que tu sois triste »
l’aide à reconnaître son émotion plutôt qu’à essayer de la cacher.
« Tu n’as pas besoin d’être comme les autres »
À l’école puis à l’adolescence, le regard des autres prend progressivement une place immense.
Les vêtements, les résultats scolaires, le physique, les loisirs, les réseaux sociaux… la comparaison devient permanente.
Rappeler à son enfant qu’il n’est pas obligé de ressembler aux autres contribue à construire son identité.
Il peut aimer ce que les autres n’aiment pas, avoir son propre rythme et développer ses propres passions.
« Non »
Cela peut sembler surprenant dans cette liste.
Pourtant, certains « non » resteront également importants.
« Non, tu ne peux pas faire ça. »
« Non, ce comportement n’est pas acceptable. »
« Non, je ne suis pas d’accord. »
Aimer son enfant, c’est aussi lui offrir des limites.
Sur le moment, il ne nous remerciera probablement pas. Mais un cadre cohérent et sécurisant participe lui aussi à la construction de l’enfant.
« Je serai toujours là pour toi »
En grandissant, les enfants prennent progressivement leur indépendance.
Ils dormiront chez des copains, partiront en voyage, auront leurs premières histoires d’amour, feront des choix que leurs parents n’auraient peut-être pas faits.
Mais savoir qu’il existe quelque part un endroit où revenir est extrêmement précieux.
« Je serai toujours là pour toi » ne signifie pas résoudre tous ses problèmes à sa place.
Cela signifie : tu n’auras jamais à affronter seul ce qui devient trop lourd pour toi.
Mais les enfants retiendront aussi certaines phrases blessantes
Les mots positifs peuvent construire. Les mots blessants peuvent, eux aussi, laisser une trace.
Des phrases répétées comme :
« Tu es nul. »
« Tu ne comprends jamais rien. »
« Ton frère, lui, y arrive. »
« Tu es insupportable. »
peuvent progressivement être intégrées par l’enfant comme une définition de lui-même.
Bien sûr, aucun parent ne maîtrise parfaitement chacune de ses paroles. La fatigue et l’énervement existent.
Lorsqu’une phrase dépasse notre pensée, il est toujours possible de revenir dessus :
« J’étais très énervé, mais je n’aurais pas dû te dire ça. Ce n’est pas ce que je pense de toi. »
Réparer compte énormément.
Les petites phrases du quotidien comptent aussi
Les souvenirs ne se construisent pas uniquement lors des grandes conversations.
Ils naissent aussi dans des moments ordinaires :
« Bonne journée, amuse-toi bien. »
« Raconte-moi. »
« Fais attention à toi. »
« Viens faire un câlin. »
« J’adore passer du temps avec toi. »
Ces phrases répétées pendant des années créent quelque chose de beaucoup plus grand : le sentiment d’avoir grandi dans un environnement où l’on comptait pour quelqu’un.
Nos mots deviennent parfois leur petite voix intérieure
Nous ne pouvons pas protéger nos enfants de toutes les difficultés qu’ils rencontreront. Ils connaîtront des échecs, des déceptions, des séparations, des périodes de doute et probablement quelques mauvaises décisions.
Mais nous pouvons leur transmettre des mots auxquels se raccrocher.
Un jour, ils n’auront peut-être plus besoin que nous leur disions « je crois en toi », parce qu’ils auront appris à se le dire eux-mêmes.
Et c’est peut-être cela, finalement, l’une des plus belles missions des parents : prononcer aujourd’hui les phrases qui deviendront demain la petite voix bienveillante de nos enfants.