L’enfant roi…

Pas plus haut que trois pommes, il régente la vie de famille. L’enfant roi décide, objecte, s’insurge et répond : il est le reflet d’une société en pleine mutation. Explications.

Regards de travers, piaillements accusateurs et peu discrets, soupirs désabusés d’une mamie qui passe par là et qui le regrette aussitôt… Devant nous, le spectacle de cet enfant qui hurle après sa maman désemparée, qui a eu simplement le malheur de lui remettre le col de sa veste en place, nous glace le sang. A l’école, au supermarché, au cinéma ou dans un parc d’attractions (oui, même ici!), il y a toujours une fripouille pour attirer notre attention par des cris, des coups, des comportements étranges. Notre réflexe ? Juger. « Ah, si c’était le mien, ça ne se passerait pas comme ça… ».

Pourtant, un enfant ne devient pas insolent et dictateur par instinct. Et plutôt que de lancer des oeillades un brin moqueuses et faciles à l’assemblée, rappelons-nous qu’il y a forcément eu un moment dans notre vie de parent, où notre loulou a dépassé les bornes des limites, et que nous aussi, nous ne savions comment réagir. La vérité je vous le dis, tous nos bambins sont des petits rois plus ou moins tyranniques en devenir et mieux vaut veiller au grain très tôt, au risque que la situation ne dégénère…

Enfant roi, kesako ?

Avant même de nous lancer dans des réflexions pseudo-philosophiques et sociétales (waouh, la phrase!), il est essentiel de revenir sur la définition même de l’enfant roi. Appelons un chat un chat, ce petit bout pas plus haut que trois pommes est souvent insupportable. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il n’a pas ou très peu de limites et que son terrain de jeux est infini.

Son sport favori ? Faire tout ce qui est en son possible pour contrer le moindre signe d’autorité et contrarier son petit monde. Selon les cas, cela peut se manifester par des crises de colère incontrôlables, des caprices monstrueux, des grossièretés à n’en plus finir, parfois même des coups et une suffisance certaine. Oui, un petit roi se suffit à lui-même et seul son bien-être compte, peu importe si cela impacte la vie de famille. Le résultat ? Des situations pour le moins gênantes au quotidien, des parents souvent médusés par leur rejeton et une relation qui en pâtit inexorablement.

Pourtant, l’enfant roi est intelligent. Il sait y faire et connaît bien les frontières de son royaume. Il n’est pas rare alors d’entendre qu’un bambin se tient correctement en classe, observe attentivement les règles de la vie en collectivité mais qu’une fois de retour à la maison, il enfile illico sa cape d’enfant terrible pour faire régner la terreur là où il est en territoire conquis. Si toutefois votre enfant a le même comportement quelle que soit l’autorité qu’il a en face de lui, peut-être sommes-nous face à un malaise plus profond que le simple fait d’être un petit despote en culottes courtes…

Une histoire, un contexte…

Mais alors, l’enfant roi, d’où vient-il ? A en croire les anciennes générations, dans les temps jadis, l’enfant roi n’existait pas. A l’époque, ça filait droit et vous-même avez peut-être encore le souvenir d’une enfance tenue à carreau.

En fouillant un peu sur les traces de notre Histoire, on observe une première fissure à l’époque de Mai 68, période charnière de libération des esprits et des moeurs, qui imposait la coolitude comme acquis générationnel. Autorité devenait alors synonyme de répression et dans les foyers, les règles perçues trop castratrices volèrent en éclats.

Les travaux sur l’éducation de la célèbre psychanalyste Françoise Dolto ont aussi impacté notre vision des choses, puisque selon elle l’enfant doit être placé au même niveau que l’adulte au sein de la tribu. Prônant la permissivité mais aussi mettant en garde les parents face aux dangers d’une éducation trop stricte, cette philosophie de vie a certainement eu tendance à effrayer les papas et mamans qui, au final, se retrouvent bien souvent prisonniers de codes pré-établis et de la terrible sensation d’avoir peur de mal faire.

Au-delà de Mai 68 et de Françoise Dolto, on peut aussi noter que certaines autres situations poussent à chouchouter parfois un peu trop son enfant, notamment dans le cadre d’une famille recomposée ou d’un pioupiou très désiré qui a mis du temps à pointer le bout de son nez.

Amour toujours…

« Parfois, j’aimerais gronder ma fille quand elle fait une bêtise. Mais je n’y arrive pas. J’ai peur qu’elle ne m’aime plus… ». Cette réflexion là, nous sommes beaucoup à nous la faire, mais peu à l’avouer. Pourtant, très logiquement, on se dit que si quelqu’un nous réprimande, au travail ou dans le cercle familial par exemple, on ne le portera forcément plus dans notre coeur. Mais ça, c’est une réaction d’adulte. Et la première des notions à intégrer si l’on veut que les choses évoluent dans le bon sens, c’est que notre enfant est loin d’être un adulte !

Les bambins ont leur propre façon de penser, d’aimer, de juger une situation, liée à leur jeune âge et leur manque d’expérience. Normal. Ici, n’entrons pas dans le débat de la punition, qui relève davantage du système éducatif de chacun. Mais plutôt dans l’idée d’imposer des règles simples, évidentes, faciles à comprendre. Si votre enfant va au-delà des limites que vous lui avez données, il est essentiel de le rappeler à l’ordre. En effet, pour bien grandir, gagner en confiance en lui et surtout apprendre à évoluer en société, votre petit diablotin a besoin qu’on le guide, qu’on le prenne par la main pour l’emmener sur les bons chemins… Cela n’altérera en rien l’amour qu’il ressentira pour vous, bien au contraire, et ces petites choses pour le moins désagréables de la vie de famille pourraient très vite être un lointain souvenir si vous passez au dessus de cet affreux sentiment de culpabilité qui vous ronge…

Double face…

« Chez moi, c’est Papa qui fait l’autorité. C’est ainsi depuis toujours et du coup, j’ai l’impression que mon fils ne me respecte pas, tandis qu’avec son père, il est doux comme un agneau… ». De la même façon qu’un enfant doit rester un enfant, un parent doit agir comme un parent. Plutôt facile à dire et beaucoup moins à faire, car on remarque bien souvent que les mamans sont beaucoup plus permissives que les papas. Ne nous jetez pas la pierre, Pierre, c’est ainsi. Nous avons porté nos bébés pendant neuf longs mois et une relation toute particulière s’est tissée entre nous les mums et nos kids. Dur dur alors d’entrer dans un rapport conflictuel avec nos fripouilles, et l’on préfère bien souvent laisser le sale boulot au papa…

Là encore, la problématique est la même, à savoir qu’au sein d’une famille, chacun doit avoir sa place. Et il n’est certainement pas sympa pour Monsieur de lui laisser la lourde tâche d’imposer des limites à nos loulous. Non seulement cela pourrait créer une fracture au sein du couple mais aussi et surtout souffler à l’enfant que vous ne marchez pas sur le même pied d’égalité que Papa et bouleverser ses repères encore si fragiles. Gardez en tête qu’ici, mieux vaut toujours marcher sur la même ligne de conduite que votre cher et tendre, afin de ne pas créer cette minuscule faille dans laquelle votre pioupiou se hâtera de s’engouffrer…

La honte, un sentiment étrange…

« Je l’avoue, je n’ai aucune autorité sur mes jumeaux. Et ils me font voir la vie de toutes les couleurs. J’ai tellement peur de leurs réactions, leurs hurlements, leurs pleurs, que je préfère ne plus les emmener dans les magasins ou au restaurant. On reste confinés à la maison… ». La honte. Ce sentiment troublant lorsqu’il s’agit de nos enfants. Pourtant, un caprice, une crise de colère ou tout autre événement marquant peut parfois nous embarquer vers des extrêmes sans que l’on ne s’en aperçoive. Mais est-ce vraiment là la solution ? Vivre prisonniers des comportements de son enfant et punir ainsi toute votre jolie tribu ? Oui, le problème est plus profond et il vous faudra faire preuve de fermeté si vous souhaitez que les choses reprennent leur cours. Vos bambins ne sont certainement pas heureux de cette situation et plutôt que d’entrer dans un échange frontal avec eux, pourquoi ne pas opter pour une discussion franche et ouverte, les yeux dans les yeux et tenter ainsi de renouer le dialogue avec vos pucerons ? Peut-être comprendront-ils que leur attitude n’est pas correcte et qu’elle les pénalise par ricochets…

Garder le rythme

« Le soir, quand je rentre à la maison, je suis épuisée. Du coup, je n’ai même plus la force de réprimander ma fille si elle dépasse les bornes et je laisse couler… ». On a tous au moins une fois baissé les bras. Et c’est compréhensible. Seulement voilà, le hic c’est que si l’on a le malheur de flancher un peu trop souvent, un petit roi prendra cela comme un signe de faiblesse et hop, la machine de guerre est lancée. Si vous avez établi des règles, il faudra vous y tenir et faire en sorte que vos kids les respectent, au risque de plonger la tête en avant dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir. Tenez bon moussaillon ! Après tout, c’est vous qui tenez les rênes de la maison !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Pin It on Pinterest