Témoignage : « J’ai refusé d’allaiter, et alors ? »

Si cette jeune maman, qu’on appellera Fabienne pour des raisons d’anonymat, est venue se confier, c’est pour clamer haut et fort que non, elle n’est pas une mauvaise mère…

« Je sais qu’en livrant ce témoignage je vais m’attirer les foudres de toutes les mamans qui vouent à l’allaitement un culte parfois violent. Mais tant pis, j’ai déjà eu droit à tellement de regards tordus de la part de mon entourage, que cela ne me touchera pas. Et puis je suis certaine qu’au travers de mes mots, d’autres mamans se reconnaitront en secret. Bref.

Pour commencer, j’aimerais dire que je n’ai absolument rien contre les mamans qui allaitent. Elles s’accomplissent dans leur rôle de mère comme elles l’entendent et je veux bien croire que ce soit la meilleure des choses à faire pour la santé de Bébé. Donc c’est formidable qu’elles aient eu l’envie d’allaiter.

Moi, j’ai tout de suite vu les choses différemment. Attention, je sais que l’allaitement est la chose la plus naturelle au monde, depuis la nuit des temps, mais moi, je ne l’ai absolument pas ressenti. Dès que j’ai su que j’étais enceinte, j’ai su que je allaiterai pas. C’était mon choix. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons, parfois loufoques, mais assez obsédantes pour que je ne change pas d’avis.

Pour moi, les seins ont un caractère sexuel. J’y suis très sensible et j’avais du mal à imaginer mon enfant coller sa bouche dessus. Ok, c’est bête, mais cette idée ne voulait pas quitter mon esprit. Après, je n’avais pas envie que ma poitrine s’abîme. Que mes seins deviennent tout flasques. Des mamans de mon entourage et ma sage-femme ont eu beau me dire que c’était une idée reçue, impossible pour moi de ne pas m’imaginer des chaussettes à la place de ma poitrine. J’avais peur aussi de ne pas assurer, que ça ne marche pas. J’ai tellement lu de témoignages de mamans complètement dévastées parce qu’elle n’arrivaient pas à allaiter, que je craignais cette déception. Décider dès le départ de ne pas allaiter, c’était peut-être la solution facile, j’avoue.

Il paraît que l’allaitement n’est pas une évidence pour toutes les femmes. Mais que beaucoup d’entre elles changent d’avis au cours de leurs grossesse. Et bien moi non. Têtue comme une mule. Aujourd’hui, je ne regrette pas mon choix. Je regrette juste qua dans cette société, si tu n’agis pas comme on voudrait que tu le fasses, tu es tout de suite mise dans une catégorie à part. Moi, c’est celle de la mauvaise mère. Celle qui prend son cachet pour stopper les montées de lait. Celle qu’on accuse de négligence, d’irresponsabilité. Celle qu’on veut faire culpabiliser parce que tant de femmes aimeraient pouvoir allaiter mais n’y parviennent pas.

Moi je ne juge personne. Je ne prône absolument pas l’anti-allaitement. Bien au contraire, je trouve les femmes chanceuses de le vivre comme une évidence. Ça n’a pas été mon cas. Pourquoi avoir besoin de me juger moi, la criminelle du premier biberon ? »

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