A la naissance de mon enfant, je n’ai ressenti aucun amour pour lui…

Nous avons reçu ce témoignage. Un témoignage anonyme poignant, renversant mais aussi terriblement courageux. Notre maman ? Nous l’appellerons Jessie.

« Mon fils était un enfant plus que désiré. Après des mois et des mois d’attente, quand le test a viré au positif, mon cœur a explosé. J’allais devenir maman. Enfin. Et j’étais à ce moment-là la plus heureuse des femmes au monde. Ma grossesse s’est plutôt bien passée. Pas de gros nuages à l’horizon, si ce n’est que mon caractère changeait. J’étais exclusive avec le petit être qui poussait en moi, vraiment trop exclusive. Déjà, le futur papa ne trouvait plus sa place. Et j’avais beau m’en rendre compte, je n’arrivais pas à changer de comportement. Lui se rassurait. Pensait que tout redeviendrait normal après la naissance de notre enfant. J’y croyais aussi fermement.

Neuf mois ont passé. Puis j’ai perdu les eaux. Signe que mon enfant allait bientôt naître. Là encore, j’étais euphorique, surexcitée, intenable, prête à devenir celle que j’avais toujours rêvé être, une maman. Le travail a commencé. Long, douloureux, épuisant. La face cachée de la maternité. Une violence à laquelle je ne m’attendais pas. J’avais l’impression que mes entrailles se déchiraient. Difficile pour moi à admettre parce pas mal de jeunes mamans de mon entourage m’avaient rassurée sur l’accouchement. J’étais très sereine auparavant, et maintenant je ressentais une certaine haine. C’était glaçant, incontrôlable.

Puis le premier cri. Celui qui donne la vie. J’ai tenu mon enfant dans mes bras, mon fils tant désiré. Et je me suis mise à pleurer. Non pas de joie, mais d’une rage, d’une colère, d’une tristesse profonde et violente que je ne parvenais pas à apaiser. J’ai posé ma tête sur un oreiller, et déjà on me prenait mon bébé pour les premiers soins. A cet instant là, j’ai paniqué. Alors que je l’aimais tellement quand il était encore en moi, je ne ressentais plus aucun amour pour cet enfant. J’avais même l’horrible sensation de le détester. Bien sûr, je n’en ai parlé à personne. Trop honteuse de ce sentiment inhumain. Et puis je me suis dit que c’était sans doute la descente des hormones. Qu’il ne fallait pas m’inquiéter.

Les jours ont défilé et nous sommes rentrés à la maison. Déjà, je ressentais une certaine distance avec mon enfant. J’avais fait le choix de ne pas allaiter, et c’est souvent le papa qui se levait la nuit pour le nourrir. Moi, je n’y arrivais pas. J’avais parfois même du mal à le regarder gazouiller sans me mettre à pleurer. Chaque jour était la même punition. Je me levais mère, je me détestais mère. J’étais un vrai zombie, je ne prenais plus soin de moi, ni du foyer. Tout allait de travers et alors que je pensais devenir la femme la plus heureuse sur cette planète, j’étais la plus malheureuse.
Comment peut-on avoir un si joli bébé, qui ne demandait que de l’amour, et ne rien ressentir pour lui ? J’ai pensé que j’étais folle. Mon entourage voyait bien que quelque chose n’allait pas. Mais plutôt que de creuser et de chercher où était le malaise, on me jugeait avec des chuchotements et des regards en coin. Aux yeux de tous, j’étais la pire des mères au monde. Au fond de moi-même, j’étais un monstre. Mon mari, lui, gérait la situation comme il le pouvait. Il s’exécutait, sans poser de questions. Et moi j’étais seule au monde. Muette dans ma torpeur.

Jusqu’au jour où je suis tombée sur un article dans un magazine. Il évoquait la dépression post-partum, ces différents degrés, la manière dont elle pouvait métamorphoser les jeunes mamans. L’article conseillait de consulter. Et surtout disait que bien des mamans étaient dans des cas similaires, sans jamais oser en parler.

J’ai pris mon courage à deux mains. J’ai commencé à dire ce que je ressentais. A mon homme, à ma mère, à ma meilleure amie, mais aussi à mon médecin. Petit à petit, j’ai repris le dessus. On m’avait prescrit des anti-dépresseurs, mais j’ai vite arrêté. J’ai préféré prendre sur moi, manger mieux, faire du sport, retrouver goût en la vie. Je me sentais enfin prête à faire connaissance avec mon enfant, que j’avais tant négligé les premiers mois de sa vie.

Si aujourd’hui, quelques années plus tard j’ai décidé de témoigner, c’est surtout pour que toutes les mamans dans ma situation comprennent qu’elles ne sont pas folles. Elles sont simplement besoin d’aide, d’une oreille attentive et de bons conseils. Quant à ma relation avec mon fils de 5 ans maintenant, elle est fusionnelle, aimante et pleine de tendresse. Comme si je voulais rattraper ce temps perdu…. La dépression post-partum, ce n’est pas une fatalité !

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